
Le rétablissement lui montre les dégâts que les jurons et le sarcasme causent aux autres et à lui-même.
Je lève le plus souvent la main lors des réunions de SA lorsqu’un membre, dans son témoignage, utilise des jurons à plusieurs reprises. Pourquoi ? Je ressens et je vois la douleur chez celui qui parle, et cette douleur se répercute sur les autres personnes présentes dans la salle. Quand j’entends un membre de SA jurer, j’entends la haine qu’il éprouve envers lui-même, et je sens ces mots s’enfoncer dans mon âme, elle aussi meurtrie. Je ressens physiquement, émotionnellement et spirituellement le poids irrespectueux et dénigrant de ces mots. Je lève la main, et il m’arrive souvent de prendre ce membre à part après la réunion pour lui expliquer que ses jurons me rappellent à quel point j’étais cruel et irrespectueux envers moi-même et, sans le vouloir, envers ceux qui m’entouraient.
Les jurons ont un pouvoir de pénétration acéré comme une lame de rasoir, capable de détruire instantanément ma sérénité. Si j’absorbe ces jurons, je me surprends vite à les utiliser à mon tour. Pour moi, jurer est contagieux et constitue un signe explicite de ma dépendance. Lorsque je suis entré dans le Programme, j’étais déprimé, en colère et rongé par la peur. Je jurais et maudissais souvent à tout va. Je projetais ma colère à travers des jurons et un sarcasme cinglant. Grâce à un travail approfondi sur les étapes et à de nombreux échanges avec mon parrain, j’ai fini par comprendre que les jurons découlaient de ma honte et de ma culpabilité, ainsi que de mon sentiment encore plus profond d’inadéquation. J’ai appris que ma dépendance était autodestructrice, et que l’un des principaux signes de cette autodestruction était justement mon langage grossier. Peu à peu, j’ai pris conscience que jurer revenait à rabaisser et à manquer de respect aux choses, aux lieux et aux personnes — y compris aux autres participants présents dans la salle. Plus important encore, j’ai fini par réaliser que, quelle que soit la colère et le manque de respect que je projetais vers l’extérieur, j’en renvoyais une double dose vers moi-même. Aujourd’hui, lorsque je me surprends à accepter les jurons, je me protège pour préserver ma sérénité.
Apprendre à me pardonner et à m’aimer est essentiel à mon rétablissement. Pour moi, l’autoflagellation est autodestructrice ; elle est dure, blessante et dangereuse pour chaque membre de la Fraternité ; ce n’est pas un signe de rétablissement. Aujourd’hui, je ne jure plus autant à voix haute ; cependant, jurer silencieusement entre mes dents reste un défi de taille. Parfois, je ne sais même pas d’où viennent ces mots. Lorsque les événements et les choses ne se passent pas comme je le souhaite, les jurons surgissent automatiquement, souvent avant même que je ne prenne conscience de cette envie. Aujourd’hui, grâce à ma Puissance supérieure et à mon travail de rétablissement, je m’en rends compte, j’abandonne ces mots et je fais amende honorable. Je continue à revenir parce que j’ai besoin du programme SA et des autres pour qu’ils me rappellent sans cesse ma nature addictive.
Jack H., Canada



